Un peu de sémantique
Le nom est une thèse
Le terme latin civilitas a connu, au fil des siècles, des évolutions sémantiques qui l'ont progressivement enrichi. La polysémie qui en résulte a l'avantage de nous rappeler que les Anciens ne distinguaient pas autant que nous ce qui relève de la morale et ce qui relève de la politique.
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Une dimension éthique que civitas n'a pas
Civilitas revêt une dimension éthique dont ne dispose pas le terme civitas, qui décrit de façon plus neutre la citoyenneté, l'ensemble des citoyens et l'organisation politique : la cité, l'État. La civilitas repose en effet sur des femmes et des hommes agissant civiliter : civilement, en bons citoyens éduqués, dans le respect des formes légales, voire avec modération et douceur.
À la lecture du Gaffiot et des travaux d'Irène Rosier-Catach et de Stéphane Ratti, cinq acceptions se dégagent, que nous reprenons ici dans leur étendue.
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La vie civile, en communauté pacifique et ordonnée
Ce que l'on qualifierait aujourd'hui de « vivre ensemble », voire un état de concorde et de prospérité obtenu grâce à la coopération et au respect des usages et des règles collectives. En ce sens, la civilitas désigne l'épanouissement même de la civilisation.
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Une organisation politique, un régime, une constitution
Chez certains auteurs antiques ou médiévaux, le mot prend le sens de civitas : une organisation politique, un régime politique, une constitution, un État. Irène Rosier-Catach situe cette quatrième acception à partir du milieu du XIIe siècle, comme substitut de civitas ; on la trouve à deux reprises dans la première traduction latine incomplète de l'Éthique à Nicomaque.
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La propriété de celui qui vit en communauté
L'aptitude à vivre en société en observant les convenances, qui a donné notre civilité contemporaine : la sociabilité, la convivialité, la courtoisie, la politesse, le savoir-vivre, la bienséance, mais aussi la bienveillance et la bonté. En ce sens, la civilitas est une façon pacifique et respectueuse de vivre en communauté, qui peut même s'appuyer sur un comportement modéré et affable.
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La qualité du citoyen accompli et vertueux
Celle de qui respecte les lois et se montre par là digne de la citoyenneté et des droits civiques et politiques qui s'y rattachent, le droit de cité, en raison de sa force morale et de son comportement social.
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La vertu du Prince qui dispose de l'art de gouverner
Celui qui connaît les lois et les institutions et les respecte, qui maîtrise la rhétorique et l'art de faire la loi, qui dirige en citoyen exemplaire sans céder à la tentation de la tyrannie. Une forme de compétence juridique et politique associée à une force morale de citoyen ordinaire. Stéphane Ratti a montré la portée politique de cette acception chez les auteurs de l'Antiquité tardive, d'Ennode à Cassiodore.


02
Une compétence adossée à une force morale
La cinquième acception est celle qui nous occupe le plus : une compétence juridique et politique associée à la force morale du citoyen ordinaire. Ce n'est pas une abstraction d'historien, c'est exactement ce que nous demandons au dirigeant que nous accompagnons, et ce que nous nous demandons à nous-mêmes.
Cette civilitas a donc tout de la République et des qualités des authentiques républicains. Elle porte en elle les ferments d'une régénération éthique et civique, capable de renouveler la confiance entre les différents acteurs de la cité, au premier rang desquels les citoyens et le monde politique dont ils ont le sentiment de ne plus faire partie.
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